En pratique : du mauvais prompt au bon
Pour être bon, un prompt n'a pas besoin d'être long. Il se doit d'être efficace. Les exemples qui suivent, tous tirés du droit pénal, illustrent la transformation d'une requête vague en un prompt opérationnel.
La recherche jurisprudentielle
« Quelle est la jurisprudence sur la légitime défense ? »
Ce prompt cumule trois erreurs : l'abstraction sans ancrage concret, l'absence de bornage temporel, et l'absence de contrainte géographique.
« En droit pénal français, analyse l'évolution jurisprudentielle de la légitime défense (article 122-5 du Code pénal) devant la chambre criminelle de la Cour de cassation entre 2018 et 2025. Distingue les conditions de proportionnalité et de simultanéité de la riposte. Pour chaque arrêt cité, indique le numéro de pourvoi, la date et la solution retenue. Signale explicitement toute incertitude sur l'existence d'une décision. Format : note de synthèse structurée. »
Quatre éléments présents : le contexte (droit pénal français, chambre criminelle), l'objectif (évolution jurisprudentielle sur deux critères précis), les contraintes (période, juridiction, obligation de sourcer et de signaler les incertitudes) et le format (note de synthèse). L'instruction de signalement des incertitudes est une parade directe contre le risque d'hallucination.
L'analyse de qualification pénale
« Est-ce que c'est du harcèlement moral ? Mon client se fait insulter par son patron tous les jours. »
Ce prompt pose une question fermée qui active le biais d'acquiescement, et il invite le LLM à qualifier juridiquement des faits. Sur le plan déontologique, il ouvre la porte à la divulgation d'informations confidentielles.
« En droit pénal français, expose les éléments constitutifs du délit de harcèlement moral au sens de l'article 222-33-2 du Code pénal. Distingue l'élément matériel (nature et répétition des agissements) et l'élément intentionnel. Précise les critères retenus par la chambre criminelle pour caractériser la répétition, en citant les arrêts de référence avec numéro de pourvoi. Indique enfin les infractions voisines avec lesquelles une confusion est fréquente et les critères de distinction. Droit français uniquement. Format : fiche d'analyse structurée par élément constitutif. »
Le prompt ne mentionne aucun fait. Il ne demande pas au modèle de qualifier mais d'exposer les critères de qualification, et la différence est fondamentale.
Le prompt contradictoire
« Mon argumentation sur la nullité de la garde à vue est-elle solide ? »
« Tu es un magistrat du parquet expérimenté, spécialisé en procédure pénale. Un avocat soulève la nullité d'une garde à vue au motif que la notification du droit à l'assistance d'un avocat a été effectuée trois heures après le placement, le procès-verbal mentionnant un "retard dû à des circonstances opérationnelles" sans autre précision. Ta mission : démonte cette argumentation. Identifie toutes les faiblesses juridiques de ce moyen de nullité, les contre-arguments que le parquet pourrait opposer, et les jurisprudences de la chambre criminelle qui pourraient faire échec à cette demande. Sois impitoyable. Droit français, jurisprudence postérieure à 2015 uniquement. »
Trois mécanismes sont à l'œuvre. L'assignation de rôle inverse la polarité du modèle. Les faits soumis sont entièrement décontextualisés. L'instruction « sois impitoyable » est un override explicite du biais d'acquiescement.
La veille normative ciblée
« Quoi de neuf en procédure pénale ? »
« Identifie les modifications législatives et réglementaires entrées en vigueur en droit de la procédure pénale française entre le 1er janvier 2025 et aujourd'hui. Pour chaque modification, indique : le texte source (loi, décret, ordonnance), sa date de publication au Journal officiel, les articles du Code de procédure pénale modifiés, et une synthèse en trois lignes de la portée pratique du changement. Si tu n'es pas certain qu'une modification est effectivement entrée en vigueur, indique-le explicitement plutôt que de l'affirmer. Format : tableau chronologique. »
Le fil rouge de ces quatre exemples est le même : le prompt efficace ne demande jamais au modèle de penser à la place du juriste. Il lui demande de préparer le terrain sur lequel le juriste exercera son propre jugement. La nuance est celle qui sépare le juriste augmenté du juriste remplacé.
Le réflexe méthodique du praticien malin
Il est assez évident que les techniques de prompting peuvent être longues et rébarbatives. Toutefois, il existe des raccourcis permis notamment par les dernières avancées dans les capacités de raisonnement des LLM. L'une des techniques récentes va être de demander à l'IA d'aller d'abord regarder la méthodologie de ce que vous voulez produire, et ensuite de lui demander le résultat. Par exemple : vous souhaitez obtenir une fiche d'arrêt sur un arrêt spécifique de la Cour de cassation. La méthodologie de la fiche d'arrêt est l'un des exercices les plus codifiés et documentés de la formation juridique : c'est une ressource que l'IA n'aura aucun mal à retrouver une fois sur internet. Ainsi, sans aucune balise, la technique consiste tout simplement à faire un prompt très classique : « Va regarder la méthodologie de la fiche d'arrêt et ensuite fais-moi l'analyse de l'arrêt Cour de Cassation, Assemblée plénière, du 29 octobre 2004, 03-11.238. »