Quand utiliser l'IA, et pourquoi
Avant même de s'interroger sur la formulation d'un prompt, la question préalable — et trop souvent éludée — est celle de la pertinence du recours à l'IA. J'ai exposé dans la section précédente les risques d'un usage systématique. Il convient à présent de délimiter positivement les cas où cet usage est légitime.
Trois situations justifient, à mon sens, le recours à un LLM dans un cadre juridique.
La première est la contrainte temporelle. Lorsqu'une échéance ne permet pas de conduire soi-même une recherche approfondie, le LLM peut servir de défricheur à condition que ses résultats soient ensuite vérifiés par les voies classiques.
La deuxième est la complexité structurelle. Certaines questions mobilisent simultanément plusieurs branches du droit, des jurisprudences contradictoires ou des sources normatives hétérogènes. Le LLM excelle dans ce type de mise en perspective, non pas parce que ses réponses sont nécessairement exactes, mais parce qu'il peut identifier des connexions entre des corpus que le juriste n'aurait pas spontanément rapprochés.
La troisième est la fonction de contradiction. Paradoxalement, l'un des usages les plus productifs de l'IA est de l'utiliser contre soi-même : lui soumettre sa propre argumentation et lui demander d'en identifier les failles, les objections prévisibles, les angles morts. C'est un usage où le biais d'acquiescement peut être neutralisé par des instructions explicites, et où le modèle, n'ayant pas de thèse personnelle à défendre, peut jouer le rôle d'un contradicteur méthodique.
En dehors de ces trois cas de figure, la question mérite toujours d'être posée : ai-je réellement besoin de l'IA, ou suis-je en train de céder à la facilité ?